La règle de base — l'eau dans le jeûne canonique
Le jeûne canonique — qu'il s'agisse du Ramadan, du jeûne d'Arafat, ou de tout autre jeûne surérogatoire — consiste à s'abstenir, de l'aube au coucher du soleil, de trois choses : la nourriture, la boisson, et les rapports conjugaux. L'eau fait partie de la boisson au même titre que tout autre liquide. Boire de l'eau pendant le jeûne d'Arafat n'est donc pas permis.
Cette précision est utile pour ceux qui se demandent si l'eau « ne compte pas » parce qu'elle n'est ni nutritive ni colorée. Elle compte. La privation rituelle n'est pas une question de calories — c'est une question de s'abstenir d'introduire dans le corps, volontairement, ce qui le sustente. L'eau en fait partie.
Cela dit, dès qu'on prononce la phrase « pas permis », vient la peur. Et si j'avale par accident ? Et si je me rince la bouche pour les ablutions ? Et s'il fait très chaud et que je sens que je vais m'évanouir ? C'est précisément pour ces cas-là — qui sont la vie réelle, pas l'exception théorique — que l'enseignement prophétique a apporté plusieurs nuances qu'il faut connaître.
Le rinçage de bouche — permis, à condition
Le hadith de référence sur cette question est celui rapporté par Laqit ibn Sabira, qui demanda au Prophète ﷺ comment accomplir les ablutions. La réponse contient une indication précise sur le jeûne :
« Fais les ablutions correctement, passe l'eau entre les doigts, et sois généreux dans le rinçage de la bouche (al-istinshâq) — sauf si tu jeûnes. »
Rapporté par Abû Dâwûd · Sunan, hadith n°142 · et Tirmidhi, déclaré Hasan-Sahîh
Ce hadith dit deux choses importantes. D'abord, le rinçage de bouche reste permis pour celui qui jeûne — il est même implicitement requis pour des ablutions complètes. Ensuite, la « générosité » dans le rinçage (al-mubâlagha) est déconseillée pour le jeûneur. C'est-à-dire qu'on évite de prendre une grande quantité d'eau dans la bouche, de la garder longtemps, ou de gargariser fortement vers le fond de la gorge. Le risque, sinon, c'est qu'un peu d'eau passe involontairement — ce qui crée le doute sur la validité du jeûne.
Concrètement : pendant le jeûne d'Arafat, tu peux te rincer la bouche normalement pour les ablutions ou pour te brosser les dents. Tu évites la mubâlagha — pas de gargarisme profond, pas d'eau gardée longtemps, pas d'eau aspirée par le nez avec force. Une bouchée légère, un mouvement court, on recrache. C'est suffisant.
Les ablutions et la toilette — permises sans restriction
Plus largement, tout ce qui est en contact extérieur avec ton corps pendant le jeûne ne pose pas de problème :
- La douche, le bain, la natation — autorisés. Tu peux te rafraîchir si la journée est chaude. L'eau qui ruisselle sur le corps n'a aucune incidence sur le jeûne.
- Les ablutions complètes (wuDû') — requises pour la prière, permises et même conseillées plusieurs fois dans la journée si tu te sens fatigué. Elles aident à tenir.
- Le brossage des dents — permis. La majorité des écoles juridiques autorise même l'utilisation de dentifrice tant que tu ne l'avales pas.
- Le siwâk (bâtonnet purifiant traditionnel) — recommandé par la tradition prophétique, même pendant le jeûne.
- L'application de crèmes, parfums, gouttes — autorisée tant que rien ne pénètre par la bouche, le nez, l'oreille ou les yeux jusqu'à la gorge.
La logique de ces autorisations est claire : le jeûne ne te transforme pas en statue. Tu continues à vivre, à te laver, à prendre soin de ton corps. Ce qui est suspendu, c'est uniquement l'apport volontaire dans le tube digestif.
Les cas particuliers — quand la lettre n'enferme pas
Vient ensuite la zone qui crispe le plus : les accidents et les situations limites. Voici la position de la majorité des écoles juridiques, et la lecture raHma-TV qui les recoupe.
« J'ai avalé une gorgée d'eau en me rinçant la bouche, sans le vouloir. » — Pour la majorité des écoles (Mâlikite, Shâfi'ite, Hanbalite), l'oubli ou l'inadvertance ne casse pas le jeûne. Le hadith bien connu rapporté par Abû Hurayra dit : « Celui qui mange ou boit par oubli pendant qu'il jeûne, qu'il achève son jeûne — c'est Allah qui l'a nourri et abreuvé » (Bukhari et Muslim). Donc une déglutition involontaire en se rinçant la bouche ne casse pas le jeûne. Tu continues normalement.
« J'ai eu très soif, j'ai bu un peu d'eau exprès. » — Là, le jeûne est rompu. Si c'était un jeûne d'Arafat (surérogatoire), tu peux simplement arrêter pour la journée — pas d'expiation à faire. Si c'était un rattrapage du Ramadan, il faudra refaire ce jour-là plus tard.
« Il fait 40 degrés, je sens que je vais m'évanouir. » — Ici, bois. La dimension pratique du jeûne est au service de la dimension spirituelle, pas l'inverse. Le but du jeûne n'est pas de risquer ta santé — c'est de te rendre disponible. Si la déshydratation t'empêche d'être disponible, elle contredit le but du rite. Boire à ce moment-là, c'est respecter l'esprit du jeûne, pas le trahir.
Le sens profond — pourquoi cette privation d'eau
Pour finir, un mot sur le sens de ce que cette privation déclenche. Le jeûne n'est pas une règle d'hygiène religieuse qu'on coche par devoir. La tradition prophétique le pose comme l'un des trois mécanismes — avec le dhikr (mention d'Allah) et le tahajjud (veille nocturne) — qui ensemble produisent un état intérieur particulier durant ces dix jours.
La privation d'eau, spécifiquement, a une fonction physiologique précise. Pendant le jeûne, le corps mobilise normalement un tiers de son énergie pour la digestion. Quand cette énergie n'est pas utilisée à digérer, elle est redirigée — vers la cognition, la sensibilité, la disponibilité aux états intérieurs subtils. Le corps en jeûne entre dans un mode où il est plus poreux à ce qu'il reçoit non-matériellement.
L'eau du Coran, dans cette logique, prend la place que l'eau matérielle a laissée. C'est un mouvement délicat : tu vides un peu de ce monde-là pour faire de la place à ce qui descend de plus haut. Ce n'est pas le manque d'eau qui compte — c'est l'espace qu'il libère pour autre chose.
Pour le cadre général du jeûne du mois, voir le jeûne d'Arafat et autres jeûnes recommandés. Pour les modalités de l'intention, voir comment formuler son intention. Pour le choix entre 9 jours et le 9 seul, voir jeûner le 9 seul ou les 10 jours complets.
Si tu lis cet article parce que tu as peur de « mal faire » ton jeûne, prends une seconde : Celui qui te regarde n'attend pas que tu sois parfait dans la lettre. Il t'a déjà donné, ce jour-là, de quoi t'approcher. La gorgée que tu n'as pas bue, la mubâlagha que tu n'as pas faite, le doute que tu portes en lisant ces lignes — tout cela fait déjà partie de ton acte. Bois quand il faut. Évite quand il faut. Tu sauras la différence.